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Le Bolchévik nº 199

Mars 2012

Fred Zierenberg, 1949-2012

Notre cher camarade Fred Zierenberg est décédé d’une tumeur au cerveau le 19 janvier à Berlin, 15 jours avant son 63e anniversaire. Fred avait combattu pendant 35 ans comme un communiste dans notre parti, dont il était un cadre et un dirigeant. Lors de sa mort il était membre du comité exécutif international de la Ligue communiste internationale [LCI] (quatrième-internationaliste), ainsi que du comité central de notre section allemande, le SpAD. Toutes les sections de notre internationale sont profondément affligées par le décès de Fred, et c’est notamment le cas pour nous dans la LTF dont les camarades plus anciens se souviennent tous avec affection de sa présence dans notre section dans les années 1980. Nos pensées vont en particulier à notre camarade Birgit, qui était la femme de Fred, ainsi qu’à leur meilleur ami Wolf.

Fred était né le 3 février 1949 à Berlin-Ouest. C’était la ligne de front de l’OTAN pendant la guerre froide. Ses parents étaient métallos. Comme des milliers d’étudiants et de jeunes travailleurs, il s’était politisé dans les années 1960. Il faisait partie d’une vague de radicalisation causée notamment par la grève générale de Mai 68 en France et par l’opposition à la guerre du Vietnam. En Allemagne, ces jeunes commencèrent par rejeter l’anticommunisme du Parti social démocrate (SPD). Mais un obstacle se dressait devant ceux qui là-bas cherchaient la voie du marxisme authentique : il y avait eu une complète rupture de la continuité révolutionnaire suite à la destruction par les nazis du mouvement ouvrier allemand. Les cadres trotskystes en Europe avaient été assassinés, emprisonnés ou rejetés dans la clandestinité par les nazis, et de plus ils avaient été la cible des staliniens. Cela eut pour conséquence que ceux qui survécurent jusque après la guerre, alors que l’Allemagne était un champ de ruines, n’avaient pas pu suivre l’évolution du mouvement trotskyste international entre 1933 et 1945. Les écrits de Trotsky eux-mêmes n’étaient pas disponibles.

Vers la fin de l’année 1968 Fred et plusieurs autres jeunes se regroupèrent dans une organisation qui allait s’appeler l’IKD, les Communistes internationaux d’Allemagne, ainsi que son organisation de jeunesse, la KJO, Organisation de la jeunesse communiste. Fred avait alors tout juste 20 ans et il devint un dirigeant de la KJO, qui à certains moments pouvait mobiliser des milliers d’étudiants et de jeunes travailleurs. L’IKD et la KJO s’étaient formés en opposition à la politique d’entrisme profond dans le SPD qu’avaient promue Michel Pablo dans les années 1950 puis le Secrétariat unifié pabliste d’Ernest Mandel. Le liquidationnisme pabliste consistait à rejeter l’idée qu’il faut construire des partis trotskystes indépendants dans le monde entier. En rompant avec le pablisme, Fred fut gagné à la tendance spartaciste qui se battait pour la renaissance de la Quatrième Internationale. Fred avait aussi dû rompre avec l’idée largement répandue dans l’extrême gauche que le SPD était un parti capitaliste : il fut convaincu qu’il s’agit d’un parti ouvrier-bourgeois, comme l’avait analysé Lénine. Il en vint à comprendre que la tâche stratégique des révolutionnaires en Allemagne est de scissionner de sa direction procapitaliste la base prolétarienne du SPD, un parti de masse historique de la classe ouvrière.

Fred devint en 1975 sympathisant de la TLD, la Ligue trotskyste d’Allemagne, prédécesseur du SpAD. Après qu’il eut adhéré en 1977 il apporta des contributions décisives pour la construction de notre section allemande et pour forger notre tendance internationale. Il a ainsi aidé à restaurer la continuité révolutionnaire en Allemagne. Il nous a notamment aidés à combler nos lacunes dans la connaissance des marxistes du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Il devint membre du comité central de la TLD en 1979. Par la suite, en tant que membre de notre comité exécutif international, il prit part à des batailles politiques très importantes dans d’autres sections, notamment en France, où il résidait et travaillait au milieu des années 1980. Il travailla aussi étroitement avec le Groupe spartaciste de Pologne, jouant notamment un rôle central dans l’éducation marxiste de nos camarades à Varsovie.

Fred se fit attaquer lors d’un meeting sur l’Afghanistan en janvier 1980 à l’université de Francfort. Cette attaque contre les camarades et sympathisants de la TLD était menée par des maoïstes et des islamistes réactionnaires. Fred reçut un coup de couteau dans le dos qui aurait pu être mortel. L’Armée soviétique était intervenue le mois précédent en Afghanistan à la demande du gouvernement afghan, qui était alors dirigé par des nationalistes de gauche. Il s’agissait d’empêcher les islamistes réactionnaires, soutenus par la CIA, de prendre le pouvoir dans le pays. Nous nous singularisions dans la gauche en disant sans ambages « Salut à l’Armée rouge ! Etendez les acquis d’Octobre aux peuples afghans ! » Fred eut des mois de convalescence ; il y eut une avalanche de protestations dans le monde entier contre cette attaque, venant y compris de dizaines de militants syndicaux.

Pour devenir un révolutionnaire marxiste en Allemagne il est crucial de rompre avec la conception répandue selon laquelle le peuple allemand tout entier, sans distinction de classe, aurait été responsable de l’avènement des nazis, de la Deuxième Guerre mondiale et de l’Holocauste. Fred, tout comme d’autres camarades du SpAD et de la LCI, s’est battu pendant des années contre ce mensonge de la « culpabilité collective ». Il avait donné un cours de formation en 2005 où il expliquait que la « culpabilité collective » est un outil idéologique clé qu’utilisent la bourgeoisie allemande, le SPD et les Verts pour « exonérer ceux qui sont vraiment coupables : la bourgeoisie allemande, qui était la classe dirigeante à l’époque et qui l’est encore aujourd’hui. »

Lors de la Deuxième Conférence internationale de la LCI en 1992, Fred avait présenté un rapport sur la lutte pour la continuité de la Quatrième Internationale, où il avait souligné le rôle destructeur du pablisme en Allemagne. Il a consacré les deux dernières années de sa vie à une étude approfondie de l’histoire du trotskysme allemand et notamment celle de notre tendance. Fred cherchait à rendre compréhensibles, notamment pour les jeunes camarades, les débats qu’avaient eus les trotskystes après la guerre et comment et pourquoi il était venu lui-même à la politique spartaciste.

En novembre 2009, juste avant que soit diagnostiqué le cancer, Fred avait présenté le rapport principal lors d’une journée d’étude du SpAD à Berlin. Le thème central de la journée portait sur la lutte que nous avions menée en 1989-1990 contre la contre-révolution capitaliste en Allemagne de l’Est, qui était un Etat ouvrier déformé. La lutte pour la réunification révolutionnaire de l’Allemagne a représenté le déploiement de forces le plus considérable que nous ayons entrepris dans toute notre histoire internationale. Et Fred faisait partie de la direction de cette action. Il terminait son rapport à la journée d’étude, rapport publié dans Spartakist en janvier 2010, en disant : « Notre drapeau est sans tache. Nous disons que nous sommes le parti de la Révolution russe, ce qui veut dire que nous préservons la continuité du programme bolchévique de Lénine et que nous nous efforçons de l’appliquer dans la lutte de classe. Nous avons pour tâche de reforger la Quatrième Internationale, le parti mondial de la révolution socialiste. »

Nous aimions Fred et le respections pour l’étendue de ses connaissances, pour son humour, sa chaleur humaine et son intégrité. Nous ne pouvons mieux lui rendre hommage qu’en poursuivant la lutte à laquelle il avait consacré sa vie : construire un parti ouvrier révolutionnaire internationaliste.

 

Le Bolchévik nº 199

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