Documents in: Bahasa Indonesia Deutsch Español Français Italiano Japanese Polski Português Russian Chinese Tagalog
International Communist League
Home Spartacist, theoretical and documentary repository of the ICL, incorporating Women & Revolution Workers Vanguard, biweekly organ of the Spartacist League/U.S. Periodicals and directory of the sections of the ICL ICL Declaration of Principles in multiple languages Other literature of the ICL ICL events

Abonnez-vous au Bolchévik, journal de la Ligue trotskyste de France

Archives

Version imprimable de cet article

Supplément au Bolchévik nº 230

24 janvier 2020

Défense des retraites contre Macron !

Il faut une nouvelle classe dirigeante : les ouvriers !

Pour un parti ouvrier révolutionnaire multiethnique !

Nous reproduisons ci-après la présentation, revue pour publication, d’un de nos camarades lors du meeting de la LTF à Paris du 22 janvier dernier.

*   *   *

Nous entrons demain dans la huitième semaine de mobilisation contre la destruction des retraites par le gouvernement capitaliste de Macron. La grève héroïque des travailleurs à la SNCF et à la RATP, pendant plus de six semaines – et ils n’ont pas renoncé –, apporte un cinglant démenti à tous ceux qui nous déclarent que la classe ouvrière c’est fini, qu’elle a disparu dans ce pays. Quelques dizaines de milliers de grévistes ont fait trembler le gouvernement. Ces grévistes de la RATP et de la SNCF qui se sont mobilisés par la grève et l’arrêt de la production, ce n’est qu’une petite fraction de la classe ouvrière de ce pays. On a eu encore ces derniers jours un aperçu de la puissance sociale de la classe ouvrière avec les actions des électriciens et des travailleurs portuaires.

Nous avons argumenté dès le début que, pour élargir davantage la mobilisation, il faut avancer un programme plus large capable de faire entrer d’autres secteurs de travailleurs et d’opprimés dans la lutte. Tant qu’existe le capitalisme, les acquis ne sont jamais définitifs et il faut les défendre à chaque instant. Il s’agit de montrer de plus en plus clairement que l’issue, ce n’est pas simplement le rafistolage des acquis issus des luttes du passé, comme la Sécu et le droit à la retraite.

Cette grève montre que c’est bien la classe ouvrière qui a la puissance sociale pour, non seulement, stopper le flot des profits, qui sont la raison d’être unique du mode de production capitaliste, mais plus fondamentalement pour renverser ce système. Mais pour cela, ce qu’il lui faut, c’est une direction révolutionnaire.

Un gréviste me disait que les syndicats ont reçu des soutiens de syndicats de nombreux pays, en Europe et au-delà. Il y a aussi des contributions aux caisses de grève venues de syndicats d’autres pays, ce qui témoigne de l’impact international de cette grève. La lutte des travailleurs de France représente un enjeu crucial pour la lutte de classe dans toute l’Europe et au-delà. Elle pourrait accélérer l’effondrement de l’Union européenne.

À bas l’UE ! À bas l’euro !

La grande majorité des travailleurs à qui nous nous sommes adressés dans cette grève approuvaient nos mots d’ordre contre l’Union européenne. Les cheminots, les agents de la RATP ou d’EDF comprennent très bien que l’UE est une machine à démanteler leurs acquis et leurs syndicats au nom de la « concurrence libre et non faussée », et que la privatisation des services qu’ils fournissent amènerait aux usagers une augmentation des prix, particulièrement cruelle pour les pauvres.

L’UE est un bloc instable, dominé par les principales puissances impérialistes du continent, c’est-à-dire l’Allemagne et dans une moindre mesure la France, pour accroître la compétitivité des firmes capitalistes de ces pays notamment contre leurs rivales américaines et japonaises. L’UE existe aussi, d’un autre côté, pour le plus grand bénéfice des capitalistes américains (cf. BlackRock, qui espère devenir l’un des grands bénéficiaires de la privatisation du système de retraites français et a en partie dicté les modalités de la loi en cours de discussion).

Les grands perdants de l’UE, ce sont les peuples des pays plus faibles, comme la Grèce où le niveau de vie des travailleurs sombre dans une spirale infernale depuis dix ans, et les travailleurs de l’ensemble du continent. Paris et Berlin se mettent d’accord sur des « directives de Bruxelles » pour sans cesse remettre en cause les acquis ouvriers. C’est au nom des « paquets ferroviaires » de l’UE que le statut de la SNCF a été démoli l’année dernière et que la privatisation par lignes et par morceaux de l’entreprise, qui était nationalisée depuis 1937, est enclenchée.

Idem à la RATP où les lignes de bus doivent être ouvertes à la concurrence à partir de 2025, et après ce sera le métro et le RER. Comme me disait un gréviste à Pantin, cela veut dire que les dépôts vont se faire concurrence entre eux et avec le privé, où les amplitudes horaires de travail dépassent l’imagination : la direction d’un dépôt cherchera par exemple à faire accepter une nouvelle dégradation des salaires et conditions de travail pour « garder le marché » contre le dépôt voisin.

À bas l’Union européenne ! À bas son instrument monétaire, l’euro ! Pour des États-Unis socialistes d’Europe, unis de leur plein gré ! Pratiquement la seule opposition à laquelle nous faisons face sur cette question vient de la gauche organisée : PCF, NPA et LO. Lutte ouvrière en particulier n’arrête pas de dénigrer les ouvriers qui sont contre l’UE car elle ne peut pas concevoir qu’on puisse s’y opposer, si ce n’est sur la base du lepénisme. En fait, c’est en laissant à l’extrême droite de Le Pen ou Asselineau un monopole de la critique vis-à-vis de l’UE que ces pseudo-marxistes font le lit des racistes fascisants du RN et des « souverainistes » de l’UPR.

Les femmes sont les principales visées

La « réforme » des retraites va se traduire par une baisse particulièrement brutale des pensions des femmes : le chômage non indemnisé n’ouvrira plus aucun droit à la retraite, alors que les femmes constituent la majeure partie des chômeurs, si l’on compte celles qui ont renoncé à s’inscrire à Pôle emploi.

Les nouvelles règles sur les pensions de réversion vont réduire les pensions de la plupart des bénéficiaires, qui sont des femmes – et malheur à celles qui ont divorcé car elles ne toucheront plus rien. Et si une veuve se remarie, elle perdra aussi tous les droits éventuels à sa pension de réversion. On se retrouverait comme au Moyen Âge où le remariage des veuves était seulement toléré par l’Église ; demain, il sera condamné par les algorithmes de la caisse de retraite. C’est cela le nouveau monde de Macron.

De plus, les bonifications de trimestres pour avoir élevé des enfants se calculeront dorénavant en pourcentage. La plupart du temps, les couples décideront qu’elles soient données au mari car en moyenne il touche nettement plus que sa femme. Là aussi, gare à la femme si elle divorce. C’est à un renforcement de la famille monogamique pour la vie (c’est-à-dire avec un seul conjoint – pour la femme) que le gouvernement pousse. Or c’est dans la famille qu’ont lieu la moitié des violences contre les femmes et les enfants, y compris les viols. Les mesures de Macron vont donc inévitablement conduire à une augmentation des violences contre les femmes et les enfants.

La famille est l’un des trois piliers de l’oppression des femmes, avec l’État et la religion. Comme nous l’expliquons dans le dernier Spartacist, la famille monogamique, et avec elle l’État, est apparue avec le développement de la propriété des moyens de production. Elle n’a pas toujours existé et elle n’existera pas toujours. La collectivisation des moyens de production suite à la révolution socialiste permettra de jeter les bases d’une véritable émancipation des femmes.

Notre modèle de société, c’est de remplacer la famille monogamique grâce à la socialisation des tâches ménagères et de l’éducation des enfants. C’est ce qu’avaient commencé à faire les bolchéviks de Lénine et Trotsky, il y a plus d’un siècle, dans les années qui ont suivi la Révolution russe, en dépit de la guerre civile et d’énormes pénuries. Ce serait d’autant plus aisé dans le cadre d’États-Unis socialistes d’Europe.

Le gouvernement de Macron, pour comble de cynisme, cherche à masquer ses attaques contre les femmes en faisant du battage soi-disant contre les violences faites aux femmes. Il s’agit en fait d’une campagne d’ordre moral antisexe, qui retombera aussi sur les femmes.

Ils ont multiplié les chasses aux sorcières contre des individus jetés en pâture à la presse et diffamés comme des violeurs, que ce soit le musulman Tariq Ramadan ou le juif Roman Polanski. (Polanski a le double tort d’avoir en plus remué la merde antijuive de l’armée française avec son film sur l’Affaire Dreyfus.) Quiconque croit les sinistres racontars diffusés sur ces personnes par la presse bourgeoise, et relayés sans sourciller par LO (voir Lutte Ouvrière, 3 novembre 2017), doit se demander pourquoi il ne faudrait pas croire aussi ce que le gouvernement raconte sur les retraites.

Nous sommes contre l’intrusion des flics et des curés dans la vie privée et notamment la vie sexuelle des individus. Si des individus ont des relations sexuelles librement consenties, cela ne regarde qu’eux. Le gouvernement présente les femmes et les jeunes en dessous d’un âge établi arbitrairement comme des personnes incapables de décider par elles-mêmes de ce qu’elles veulent faire avec leur corps. C’est profondément réactionnaire et c’est minimiser le crime que représente le viol en le plaçant dans un continuum avec des relations librement consenties.

Qui peut croire que le gouvernement se préoccupe du bien-être des jeunes (à part ceux de la bourgeoisie) quand on voit comment il saccage l’éducation des enfants de travailleurs, en supprimant ou réduisant les allocations chômage de centaines de milliers de mères et en renforçant la ségrégation de classe et de race avec la réforme du baccalauréat, Parcoursup et l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers ?

Macron veut casser les syndicats

Macron ne veut pas simplement en finir avec les retraites pour augmenter, grâce à la réduction de cette « dépense », le taux de profit capitaliste. Il veut en finir une fois pour toutes avec les syndicats en France comme facteur susceptible de mettre des bâtons dans les roues du gouvernement. La conception macroniste des syndicats, c’est que ce soient simplement des sous-bureaux de la direction du personnel dans les entreprises.

Autrement dit, Macron veut détruire les syndicats, notamment la CGT et SUD, et transformer autant que possible ceux qui resteront en courroies de transmission du capital. Il n’en a pas dévié d’un poil depuis qu’il était dans le gouvernement de Hollande. Les ordonnances du début de son quinquennat portaient centralement sur une réduction drastique des délégués syndicaux dans les entreprises (à divers titres, notamment la destruction des CHSCT) et la paralysie de ceux qui restent en les rattachant à des sortes de comités d’entreprise, les CSE, dont le patron fait partie intégrante. Ces ordonnances commencent à se faire sentir dans cette lutte avec la réduction de l’appareil syndical dans le privé notamment, et donc aussi du nombre de travailleurs bénéficiant d’une protection minimale contre un licenciement expéditif pour fait de grève.

Depuis quatre ans et la mobilisation contre la loi El Khomri, nous n’avons cessé de mettre l’accent sur la nécessité de lutter pour défendre les syndicats contre l’offensive tous azimuts, dirigée par Macron, pour les détruire. Cette question est un enjeu essentiel de la lutte en cours. Remettre la France en marche, pour Macron, c’est liquider les entraves syndicales à la course au profit.

Même la CFDT de Laurent Berger ne se résout pas pour l’instant à accepter la conception macroniste du rôle des syndicats. La conception de Berger, c’est que la CFDT est un « partenaire social » à part entière qui s’implique dans la modernisation de la France, et qui à ce titre a son mot à dire sur comment répartir les attaques gouvernementales contre la classe ouvrière. C’est par exemple ce qui s’est passé sous Hollande où la CFDT a pratiquement co-écrit une série de lois anti-ouvrières emblématiques comme l’ANI, etc. Elle a même négocié à la marge avec Hollande des aménagements à la loi El Khomri, qui en réalité était un bébé de Macron. Il était furieux de s’être fait dicter quelques bouts de phrase par la CFDT.

Nous sommes opposés à ce que les syndicats s’impliquent dans la gestion du capitalisme et des attaques gouvernementales contre les travailleurs. Les syndicats doivent être indépendants des patrons et de l’État capitaliste, y compris en termes de financement, s’ils veulent accomplir leur mission qui est la défense économique élémentaire de la classe ouvrière contre les capitalistes et leur État.

Mais le problème n’est pas seulement Berger. Les bureaucrates de toutes les confédérations syndicales y sont allés à reculons à chaque étape de la lutte en cours, en cherchant sans discontinuer à donner une porte de sortie au gouvernement. Alors qu’approchait Noël, ils ont essayé d’enterrer la mobilisation en proposant une trêve. C’était le cas non seulement de la direction de l’UNSA et de la CFDT mais aussi de celle de la CGT ; un tas de cheminots ont vu comme une trahison le fait que Martinez a alors repoussé au 9 janvier la prochaine manif. Les grévistes ont déjoué cet appel détourné à une pause, potentiellement fatale, et forcé les bureaucrates à poursuivre la lutte.

Dans les bus à la RATP il y a de nombreux jeunes issus des minorités, qui sont en proportion croissante embauchés à des statuts au rabais. Dans certains dépôts en banlieue ils représenteraient la moitié des machinistes. À la RATP, la grève a été particulièrement solide chez les conducteurs de métro parce qu’il y a moins de contractuels parmi eux ; cela montre qu’il faudrait exiger l’embauche immédiate au plein statut de tous les précaires et les syndiquer, ce qui permettrait aussi de renforcer la mobilisation. Mais les bureaucrates acceptent en général l’existence de statuts différents entre travailleurs, et que les précaires ne fassent pas grève de peur de se faire licencier.

À chaque étape, les bureaucrates en font trop peu, trop tard. Au lieu de bloquer les aéroports par la grève pour empêcher la privatisation d’Aéroports de Paris, ils ont confié leur sort aux sénateurs de droite en canalisant la colère vers une pétition impotente. La pétition était signable, et nos camarades l’ont signée, mais c’est vraiment pitoyable de penser qu’on va stopper Macron et les projets de la multinationale Vinci avec une pétition.

On a vu l’année dernière que l’idée de la « grève intermittente », deux jours sur cinq à la SNCF, était une tactique perdante. Mais maintenant on a la grève par paquets de trois jours par semaine sur les ports, alors même que la grève de trois jours qui a bloqué les 7 ports principaux du pays la semaine dernière a eu un énorme impact économique. Mais pour bloquer les ports jusqu’à la victoire, il faut être prêt à une confrontation jusqu’au bout avec le gouvernement, et cela poserait en dernier ressort la question du pouvoir. Or ça, c’est la dernière chose que veulent les bureaucrates syndicaux, car ils sont dévoués à leurs maîtres capitalistes.

Classe ouvrière et gilets jaunes

Il est vrai que Martinez s’est amélioré sous la pression de sa base, depuis l’époque où il appelait à voter Macron et où, il y a à peine plus d’un an, il dénonçait les gilets jaunes comme des fachos. À l’époque nous avons dit au contraire que le mouvement ouvrier devait prendre la tête de la lutte en faisant siennes les revendications des gilets jaunes qui étaient soutenables (la plupart d’entre elles), quitte à dénoncer les autres et chasser les fachos qui effectivement cherchaient à grenouiller dans ce milieu. Les gilets jaunes constituaient un mouvement politiquement hétérogène, amorphe, donc inévitablement dirigé par la petite bourgeoisie, même si une masse de gilets jaunes sont en fait des travailleurs précaires, dans des déserts syndicaux.

Nombre de travailleurs reconnaissent, à juste titre, que ce sont les gilets jaunes qui ont constitué le premier mouvement populaire massif osant défier Macron. Aujourd’hui la force de la lutte prolétarienne engagée depuis le 5 décembre a fait que les gilets jaunes se sont effectivement inscrits dans cette lutte et font désormais partie intégrante des manifestations syndicales. C’est une bonne chose. Les camions sono des syndicats diffusent maintenant aussi volontiers « Macron, président des patrons, on va te chercher chez toi ». Cela exprime bien la colère populaire contre Macron, certes sans contenu de classe bien défini.

Surtout, c’est l’Internationale qui devrait retentir davantage ! Au contraire de cela on entend plutôt des chansons apolitiques ou vantant le front populaire chilien, qui a mené à la dictature militaire de Pinochet. Dans les cortèges FO, où les militants lambertistes sont nombreux, on entend même des chœurs qui dénaturent la chanson des gilets jaunes avec des insultes homophobes contre Macron.

Dans les manifestations syndicales parisiennes, de nombreux travailleurs qui en veulent abandonnent les cortèges syndicaux pour se placer dans un « cortège de tête » hétéroclite et vulnérable aux violences policières, au lieu que les énormes mobilisations qui ont eu lieu depuis le 5 décembre soient des démonstrations de force de la puissance sociale des cheminots ou des agents de la RATP, mobilisés en contingents serrés et disciplinés.

Il y a aujourd’hui une espèce de « gilet-jaunisation » des manifestations syndicales, c’est-à-dire exprimant une colère politiquement diffuse et donc dominée par la petite bourgeoisie. C’est le produit du refus systématique des directions syndicales de prendre la direction générale de la lutte en élargissant les revendications pour s’adresser aux besoins des couches paupérisées et opprimées de la population – que ce soit les minorités, les femmes, les immigrés, les travailleurs précarisés, la petite bourgeoisie ruinée. Nous disions dans notre tract de décembre 2018 sur les gilets jaunes :

« Il faut une hausse générale massive de tous les salaires, avec une échelle mobile pour compenser l’inflation. Face au chômage, il faut une réduction massive du temps de travail, sans perte de salaire, permettant l’embauche de tous les chômeurs et le partage du travail entre toutes les mains. »

À la SNCF, par exemple, une direction lutte de classe dans les syndicats exigerait le retour à l’embauche de tous au statut, celui qui vient d’être supprimé le 1er janvier. Cela implique de lutter pour des syndicats industriels qui regroupent dans une seule organisation tous les travailleurs d’une industrie donnée. Une mesure antisyndicale de plus en plus courante des capitalistes consiste à recourir à des sous-traitants et à embaucher sous des statuts précaires ou de soi-disant autoentrepreneurs ubérisés. Ces derniers sont la nouvelle forme de travail à façon qui était courant au XIXº siècle, avant l’émergence des syndicats. Il faut le contrôle syndical sur l’embauche ! Pour forger des syndicats industriels il faut avant tout un program>me opposé à la collaboration de classes des réformistes qui sont à la tête de la CGT, de SUD ou des autres syndicats. C’est sur cette base seulement que peut se forger une direction lutte de classe.

À la RATP, tout comme à la SNCF, il faut maintenir le monopole public des transports en déchirant les « accords » sur la mise en concurrence progressive des lignes. Le gouvernement dira que c’est interdit par l’UE ? Cela prouve qu’il faut déchirer tous ces traités et détruire l’Union européenne par la lutte de classe.

Pour que les femmes aussi puissent être toutes employées à plein temps, il faut des crèches et garderies gratuites et de qualité ouvertes 24 heures sur 24. Il faut construire par centaines de milliers des logements accessibles pour les travailleurs. La bourgeoisie dira qu’elle ne peut pas accorder tout cela. Pourtant, tout cela, ce ne sont que des revendications nécessaires à la survie même du prolétariat.

Ce que cela montre, c’est qu’il faut renverser ce système capitaliste une bonne fois pour toutes, par la révolution ouvrière. Il faut remplacer la dictature du capital par la dictature du prolétariat. La lutte pour forger une direction lutte de classe dans les syndicats est intimement liée au combat pour un parti révolutionnaire d’avant-garde qui, bien sûr, intervienne dans la lutte pour des réformes, pour défendre les acquis des travailleurs, mais sans jamais perdre de vue le but, qui est de montrer sans cesse la voie vers la révolution prolétarienne.

À bas la « guerre contre le terrorisme » !

Cela exige de confronter billes en tête et sous tous ses aspects la « guerre contre le terrorisme », qui vise à diviser la classe ouvrière entre musulmans et non-musulmans. À bas Vigipirate et Sentinelle ! Le prolétariat organisé doit défendre les musulmans et autres minorités ! Début janvier, le député macroniste Jean-Pierre Pont a déclaré, contre les grévistes : « Pour moi, prendre la France en otage, c’est tout à fait illégal. […] ce sont des faits de terrorisme. » Et ces gens y vont d’autant plus de ce refrain que ce sont des travailleurs d’origine maghrébine notamment qui sont à l’avant-garde de la grève à la RATP. Ils sont au cœur du prolétariat multiethnique et multiracial de ce pays, et la classe ouvrière a un intérêt vital à défendre les minorités.

Et naturellement ce sont eux qui sont visés en priorité par les menaces de révocation. Voyez aussi comment ils ont embastillé Taha Bouhafs pour le seul fait d’avoir signalé que Macron osait se pointer au théâtre dans Paris la semaine dernière. La terreur policière raciste contre les jeunes à la peau foncée, issus de familles venues des ex-colonies, sert depuis des années de laboratoire aux violences policières contre ceux que la bourgeoisie considère comme une menace. Ces violences ont franchi de nouveaux paliers lors de la révolte des banlieues de 2005, puis sous l’état d’urgence du gouvernement Hollande entre 2015 et 2017, et étendues par le gouvernement Hollande-Macron contre les manifestants qui protestaient contre la loi El Khomri. Maintenant la BAC, qui sévit en banlieue en toute impunité, est lâchée aussi contre les gilets jaunes et les grévistes.

En 2005 nous avions dit que le mouvement ouvrier doit défendre les jeunes des banlieues, pendant que Lutte ouvrière signait une pétition en faveur du rétablissement de l’ordre capitaliste, et en 2015 nous nous étions opposés à l’état d’urgence, alors que LO avait pensé que l’état d’urgence était dans un premier temps nécessaire. Ce genre d’« unité nationale » avec la bourgeoisie contre le terrorisme a aidé Macron à inscrire toutes ces mesures dans la législation de temps ordinaire.

L’un des points sur lesquels Macron a fortement insisté lors de ses vœux du Nouvel An, c’est justement la « guerre contre le terrorisme ». Il pourra d’autant plus susciter l’unité nationale avec le gouvernement et l’armée de l’impérialisme français que la gauche est aux abonnés absents sur cette question aussi. En pleine grève, Macron a convoqué les chefs d’État du Sahel à Pau le 13 janvier en leur ordonnant de réciter qu’ils demandent à la France de renforcer son emprise militaire sur toute la région, alors même que les manifestations se multiplient à Bamako pour protester contre la présence des troupes françaises et les crimes qu’elles commettent. C’est le même impérialisme français qui massacre les Peuls et autres ethnies au Mali et qui ici veut détruire les retraites des travailleurs. Troupes françaises, hors d’Afrique !

Nous dénonçons aussi les tentatives de Macron et de son laquais ivoirien Ouattara pour relooker le franc CFA, qui suscite de plus en plus la détestation en Afrique, à juste titre. L’« éco », qui est censé remplacer le franc CFA, resterait arrimé à l’euro et sa convertibilité resterait garantie par la France, qui continuerait ainsi à faire la pluie et le beau temps en Afrique de l’Ouest. En fait, l’« éco » de Macron-Ouattara est une tentative française pour préempter l’apparition d’un « éco » dominé par le Nigeria qui, lui, fait partie historiquement de la zone d’influence britannique. Mais nos opposants du NPA, du PCF ou de LO n’ont rien à dire de sérieux ou de cohérent là-dessus, vu qu’ils sont pour l’euro.

Leçons de la grève de Décembre 95

Il y a 25 ans, la grève des cheminots et des travailleurs de la RATP avait rogné les ailes de Chirac et Juppé, mais les bureaucrates syndicaux avaient canalisé cette victoire vers un nouveau front populaire, avec Jospin, en 1997. Le PCF avait le Ministère des Transports : Air France a été privatisée et la privatisation de la SNCF avait été mise sur les rails. Il faut en finir avec le cycle infernal du front populaire suivi d’un retour en force de la réaction. Il y a une alternative à l’impasse du front populaire, et c’est la révolution socialiste.

À l’époque aussi la gauche se lamentait sur l’affaiblissement terrible des syndicats à la suite de la destruction de l’Union soviétique en 1991-1992. Au lieu que le contrat de plan de la SNCF d’alors et les mesures contre la Sécurité sociale de Juppé soient le point de départ du démantèlement des derniers acquis ouvriers, afin de préparer l’économie de l’impérialisme français à l’introduction de l’euro, cela a en réalité pris 25 ans pour mener à bien ces attaques (et un peu plus).

La grève de Décembre 95 nous a fait gagner 25 ans. Mais le niveau de conscience a encore régressé depuis. Les jeunes n’ont aucune idée que l’Union soviétique représentait une preuve vivante, malgré sa dégénérescence bureaucratique sous Staline, que le capitalisme n’est pas un horizon indépassable. Les idées réactionnaires fleurissent sur la nécessité de réduire la consommation d’énergie, alors pourtant que de plus en plus de pauvres ont du mal à se chauffer l’hiver ou à se déplacer.

Ce n’est pas une raison pour baisser les bras. Cela montre plus que jamais la nécessité de construire un parti révolutionnaire d’avant-garde, seul à même d’élever le niveau de conscience des prolétaires jusqu’à la hauteur de la tâche historique qui leur incombe : le renversement de la bourgeoisie et la lutte pour des États-Unis socialistes d’Europe, unis de leur plein gré. Nous ne sommes aujourd’hui qu’un petit groupe de propagande de combat, mais notre histoire, dont nous parlons abondamment dans le dernier numéro du Bolchévik, en hommage à notre camarade Jim Robertson décédé l’année dernière, remonte jusqu’à la IVº Internationale de Trotsky, et à travers elle au Parti bolchévique de Lénine et Trotsky. Nous avons maintenu le programme du marxisme révolutionnaire internationaliste. Nous sommes à ce titre l’embryon du parti qui dirigera la révolution socialiste. Nous vous invitons à prendre part à la lutte que nous menons pour reforger la IVº Internationale. Pour de nouvelles révolutions d’Octobre  !

 

Le Bolchévik nº Supplément au Bolchévik nº 230

Supplément au Bolchévik nº 230

24 janvier 2020

·

Défense des retraites contre Macron!

Il faut une nouvelle classe dirigeante: les ouvriers !

·

Le réformisme de LO en action dans la grève

·

À bas la collaboration de classes ! Non à un nouveau « front populaire » !

Mélenchon : populiste bourgeois chauvin